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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 19:09

 







Ecrit sur  l’Art du Dharma






             L’ art  traditionnel  du Dharma prit naissance  en Inde,  à   l'époque du Bouddha  Cakyamuni.  Sculptures, thankas (peinture sur toile de coton), décoration de temple ou offrandes colorées font parties intégrantes au développement de la méditation quotidienne, un guide à la compréhension du Dharma.

 

Son origine :

                        Du plus profond de sa réalisation, l'Etre sublime, parfaitement éveillé, sans pareil égal dans le monde, sortit de sa méditation; spontanément la vision de la nature des choses se refléta dans son Esprit, comme les plumes du paon qui se déploient en un éventail à mille facettes, nous montrant sa parure multicolore. Les montagnes, les nuages, les rivières, les fleurs, les traits des déités, leurs entourages et leurs couleurs furent révélés par le Glorieux au monde humain, ainsi à travers la peinture (pour les gens peu érudits), la compréhension du Dharma devint accessible à tous. Cela fut parfaitement accompli.

 

                  De nos jours, l'Art sacré tibétain est resté intact, conforme à sa structure monastique et à ses enseignements. Les maîtres artistes d’autrefois qui reçurent les connaissances dans ces domaines de la sculpture et de la peinture, propagèrent à leur tour cette discipline à leurs élèves.

Suivant la lignée spirituelle et artistique des Lamas accomplis et de leur réalisation particulière, Kagyupa, Nyingmapa, Sakyapa, ou Gelugpa,... différentes écoles prirent naissance.



Le guide :

                              En l'année 1959 (invasion du Tibet par la Chine) l'art religieux fut tant bien que mal préservé de la destruction massive de l'envahisseur. Certains artistes durent s'exiler en Inde et continuèrent leurs disciplines artistiques et leurs transmissions. L'influence chinoise n'a guère réussi à annihiler l'état d'esprit des artistes tibétains. ChérabPalden Béru est un de ceux-là, qui resta fidèle à la source de ces oeuvres et continua à transmettre autour de lui la tradition de l'Art sacré.  Plus tard, il s'installa en Ecosse et vécu à Samyé-Ling 1); ce centre du Dharma fut dirigé par Trungpa Rimpotché et ensuite par Akong Rimpotché; ce dernier instaura la tradition bouddhiste en créant un temple majestueux; il divulgua les enseignements propres à l'école Karma Gadri. La danse, la musique, les rituels, la peinture et la sculpture sont les principales activités de ce lieu. Le souhait de Rimpotché est de préserver la culture tibétaine dans toutes ses disciplines, sauvegarder toute la richesse de cette tradition pour les  générations à venir. ChérabPalden Béru fut choisi pour cette tâche; il enseigna son art à une dizaine d'élèves 2), qui prirent un engagement de plusieurs années d'études. Pour nous, occidentaux cela est très exceptionnel de recevoir de la main d'un Maître authentique un savoir sans mesure; par son excellence, ses qualités et son accomplissement, nous, disciples, le portons au-dessus de notre tête comme un précieux diadème.

 

1) Premier centre Karma Kagyu en Europe, fondé en 1967 par Trungpa Rimpoché et Akong Rimpoché, le nom de "Samyé" évoque le premier monastère au Tibet, établi par Padmasambhava au 8ème siècle.

 

 2) L'auteur de cet ouvrage faisait partie de ce groupe, il fut invité à suivre les enseignements de l'Art tibétain pendant de nombreuses années.




Thanka de CherabPaldenBéru. Samyé-Ling.

          
 
Le sacré :    

                              Que dire de celui-ci, du caractère de la forme du dessin, de ces lignes parfaitement tracées par la main de l’artiste, enveloppant chaque couleur avec dextérité; il nous montre par ses formes de peinture la vision du Lama, son Enseignement et les centaines de symboles qui y sont représentés. Chaque déité peinte est bien précise dans son mouvement et dans ses couleurs avec ses propres attributs; son palais et ses décors sont inséparables de la forme principale du tableau (thanka) et font partie du Corps radieux et élégant de la divinité. Celle-ci se révèle sans ombres, sans hachure, sans relief; cela nous paraît bien plat, comme une écriture sur le papier et pourtant, dans notre esprit ces formes visualisées prennent tout leur sens; ce qui était une simple peinture devient une réalité rayonnante, quelque chose de vivant, lumineux, limpide et  transparent.

 

    Le jeu des formes et des couleurs se manifeste ainsi dans chacune de nos méditations et de nos pensées. Reconnaître ces déités peintes et leur environnement comme une manifestation de notre propre esprit, inséparable, en fusion avec notre Lama Racine est excellent.

 

     Ces nombreuses couleurs qui éclatent dans tous les sens, sans savoir où elles vont s'arrêter. La complexité de leurs lignes, qui serpentent sans fin cela nous paraît bien simple et compliqué à la fois. Chaque détail d'une thanka, d'une décoration, d'un autel ou du pilier d'un temple est très précis, comme un code, qui nous renvoie un message à travers une peinture majestueuse, pouvant prendre un sens  significatif, «la forme est vide et le vide est forme». L'un sans l'autre les choses ne pourraient exister et ne pas exister; cela exprime  le sans commencement des phénomènes et des apparences, qu'il n'y a pas de dualité entre elles. Pour cette raison, tout n'est que du domaine du sacré, rien ne peut être négligé par l'artiste, qui représente ces iconographies, même dans ses plus petits détails, comme un brin d'herbe ou une goutte d'eau. Ces représentations ont le pouvoir de transmettre quelque chose de profond aux initiés, comme aux non-initiés. Elles sont inséparables de la source, de la création des phénomènes du Dharmakaya, l'ultime mode d'être, incomparable, le grand symbole, l'essence même; "le Mahamoudra".

 



L'offrande :

 

                               L'activité de la peinture ou tout autre mode de travail consacré au Saint Dharma, est un acte religieux. Au départ, l'élève épaulé par son guide, s'applique à faire le remplissage des couleurs et à développer la manière de dessiner, ce n'est qu'une étude préliminaire. Suivant la disposition de l'esprit de l'étudiant, de sa diligence et de l'envie d'apprendre, son professeur lui donnera un peu plus d'informations, plus de détails, en respectant les capacités propres à chacun. Ensuite, l'apprentissage deviendra moins rigide, moins artificiel, le travail se fera naturellement, les obstacles seront dissipés, ce qui laissera une disponibilité pour la méditation dans l'activité, celle de l'offrande de son travail. Les lignes dessinées, les coups de pinceaux se transformeront en de multiples univers, en terre de Bouddha, en Mandala d'offrande qui se perpétueront sans fin. Tout travail s'embellira par cet acte, libre de préjugés, sans même y penser, cela se fera simplement, naturellement. L'artiste s'unira complètement avec son action d'offrir, le mérite sera inestimable. L'attachement naturel à notre peinture, la fierté arrogante «c'est moi qui ai peint cela, je serai estimé des autres» tout ceci, se dissipera parfaitement. Comment ces états d'esprit, pourraient-ils nous envahir, puisque sans arrière pensée, tout est offert; nous n'avons donc rien à perdre, l'esprit sera serein, notre activité deviendra comme celle d'un Bodhisattva.

 

L’élève:

                                 Une certaine disposition d'esprit serait souhaitable pour suivre une lignée d'artistes. Avoir un engagement tenace au cours de l'apprentissage, qui peut durer de nombreuses années ou toute une vie. Ne pas chercher à être un artiste pour la gloire ou la fortune, ne pas vouloir être mieux que son professeur sans connaître le sens profond de l'Art du Dharma, malgré nos efforts, accepter nos limitations s'il y en a. Etre pleinement disponible au service du Saint Dharma et de son Lama racine. Développer assez d'humilité envers soi-même et envers les autres pour éviter les "pièges" des émotions perturbatrices, être satisfait de ce que l'on reçoit, aussi minime soit-il.

Il est possible qu'après un certain temps d'apprentissage, l'élève entre en compétition avec ses voisins ou avec le  guide; à partir de ce moment, du fait de cette disposition il ne pourra accepter les conseils et les méthodes proposés ; étant trop sûr de sa personne, un mur se construira autour de lui, alors, la communication avec le professeur lui sera impossible, son esprit sera tendu et fermé, il ne pourra  recevoir les informations et le sens de son activité. Cela peut créer des problèmes au sein d’un groupe, comme la compétition, la jalousie, la rancune, l'orgueil, celles-ci pouvant perturber le développement adéquat pour la maîtrise de cet Art.

 

 

      L'écoute, l'ouverture d'esprit de l'étudiant à la façon de faire du professeur, sans argumenter son travail, sans vouloir toujours remettre en question ses enseignements ou avoir des doutes à son égard, seront des plus propices; l'élève devra toujours faire de son mieux et faire preuve d' assiduité, accepter ses erreurs s'il s'en aperçoit, poser des questions, ne pas s'adonner à de vains bavardages à propos de l'art, comme de faire des comparaisons avec d'autres maîtres, de la manière dont ils enseignent, juger que ceci est bien ou que ceci n'est pas bien sans connaissance de cause, que tel maître est mieux que d'autres. S'en tenir scrupuleusement aux directives du professeur que l'élève s'est engagé à suivre, ne laissant aucune place aux vues erronées; en évitant toute comparaison on évitera la confusion. Il devra parler de son professeur avec respect et gratitude, de ce fait il apparaîtra dans son esprit, les conditions nécessaires pour rencontrer la compréhension et la méthode du maître. Quand l'étudiant aura fini son travail, avant d'en commencer un autre, il devra attendre l'approbation de son guide.




 

 

Le professeur:

 

           Malgré la maîtrise de son art et l'assurance de sa méthode il devrait se considérer lui-même comme étant toujours un élève, cherchant à apprendre de nouveau, que son activité soit celle d'un simple serviteur. Qu'il puisse éviter la pensée que ses capacités excellemment acquises ne proviennent que de lui seul. Seule la bonté des Bouddhas compatissants lui donna ces moyens habiles, pour pacifier ses émotions perturbatrices et atteindre par cela-même l'état éveillé sans retour.

Devant la demande de l'élève, le professeur devra toujours être disponible, ne pas critiquer les erreurs commises par l'étudiant, mais  les expliquer avec sagesse, humour, sans rigidité et obstination. La préférence de tel étudiant à un autre ne devra pas effleurer sa pensée; il devra les considérer à leur juste valeur et respecter les capacités de chacun. Le guide devra être ouvert à toutes les propositions et développer un travail d'équipe. Savoir noter les élèves si cela est nécessaire, pour les encourager à continuer leur apprentissage. Parfois l'esprit de compétition ou autres maux peut naître entre eux, le professeur ne devra pas en être affecté, mais devra garder son calme et essayer de canaliser le mieux  possible l'étudiant perturbé.

 

 


Si des poisons mentaux apparaissent, comme l'anxiété, la colère ou qu'il n'a pas de désir de peindre, il serait plus raisonnable de ne pas entrer dans l’activité, détendre l'esprit et demander conseil sera le plus approprié. Cette activité devrait rester aussi sereine que possible. Le travail achevé, ne pas le signer, ne pas espérer  que l'on nous regarde comme un être exceptionnel, que l'on nous glorifie. Ecouter attentivement le professeur sans chercher à le tromper en donnant nos idées, notre style personnel, sans connaître le discernement juste, ce qui altèrerait l'authenticité de notre travail. Dès lors, une transmission pourra réellement se produire, les mots deviendront inutiles, tout se fera simplement, clairement, précisément, seule l'activité rayonnera naturellement. Nous, (occidentaux), avons parfois bien de la peine à laisser "nos habitudes aux vestiaires", la place du «Je», si elle n'est pas observée quotidiennement, prend une place importante dans le domaine artistique. C'est l'une des raisons pour laquelle l'humilité initiale n'est pas à négliger. L'activité des Arts n'est pas facile et risque de créer à notre insu des passions pouvant nous nuire et nous rendre aveugles. Le "guide", avec ses moyens habiles, canalisera l'étudiant à bon escient ou bien celui-ci pourra avoir recours à son Lama Racine et  prendre conseil auprès de lui.


« …il y a trois sortes d’artiste, l’un n'est artiste que de nom,

 l’autre croit savoir mais il ne sait pas,

et le dernier  sait, mais est avide de son savoir ».

 

signature Rinpotché

 

Guendune Rinpotché

 







Grâce à la bonté et à la générosité des Maîtres du passé, parfaitement accomplis dans les Arts religieux, ceux-ci nous ont permis avec toutes nos imperfections, rendre cet Art accessible et compréhensible. La compassion des Bouddhas est telle, que cette approche de l'Art du Dharma et de son développement, nous permet de le répandre de par le monde, pour le plus grand bien de tous les êtres et pour la gloire
du saint Dharma.

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